Votre médecin vous a prescrit une analyse d’osmolarité urinaire ou vous venez de recevoir vos résultats avec ce terme médical. Ce test évalue l'équilibre hydrique et aide à diagnostiquer certains troubles rénaux. Ce guide va vous expliquer de quoi il s'agit et comment interpréter ces chiffres.
Qu'est-ce que l'osmolarité urinaire ?
Définition simple
L'osmolarité urinaire mesure la concentration de toutes les substances dissoutes (sodium, potassium, chlorure, urée, créatinine…) dans un litre d'urine. Exprimée en milliosmoles par litre (mOsm/L), cette mesure reflète la capacité des reins à gérer l’eau et les solutés (particules) selon les besoins de votre organisme.
Différence entre osmolarité urinaire et osmolalité
Ces deux termes sont souvent confondus car ils évaluent tous deux la concentration des solutés urinaires.
- L'osmolarité se rapporte au nombre de solutés dissoutes par litre (mOsm/L).
- L'osmolalité correspond au nombre de solutés dissous par kilogramme d'eau (mOsm/kg).
En médecine clinique, l'osmolalité est privilégiée car elle n'est pas affectée par les variations de température ou de densité. Pour l’urine, ces deux mesures sont sensiblement proches, étant donné que sa densité est très proche de celle de l’eau.
Par conséquent : (mOsm/kg H₂O) ≈ (mOsm/L)
Pourquoi elle est importante pour la santé rénale
L’osmolarité urinaire est un indicateur simple mais efficace pour vérifier que vos reins remplissent bien leur rôle de régulation dans le corps. En complément d'autres examens, elle permet aux médecins de diagnostiquer d’éventuelles anomalies rénales.
Comment fonctionne la régulation de l'osmolarité urinaire ?

L'ADH (hormone antidiurétique), aussi appelée vasopressine, contrôle la réabsorption d'eau par les reins. Sa sécrétion est régulée par des osmorécepteurs, qui sont des capteurs situés dans l'hypothalamus, une zone du cerveau impliquée dans la régulation de la soif. Ce sont ces capteurs qui détectent les variations de solutés dans le sang.
- Si votre sang est trop concentré, cette hormone est libérée davantage pour retenir plus d'eau : votre urine devient alors plus concentrée et moins volumineuse.
- Si votre sang est trop dilué, sa sécrétion diminue et votre urine devient claire et abondante.
Grâce à ce mécanisme, la vasopressine maintient un équilibre hydrique optimal, en ajustant la concentration et la dilution de votre urine.
Valeurs normales de l’osmolarité urinaire
Tableau des valeurs de référence
|
Type d’urine |
Osmolarité urinaire (mOsm/L) |
|
Très diluée |
50 – 100 |
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Diluée |
100 – 300 |
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Normale |
300 – 600 |
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Concentrée |
600 – 900 |
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Très concentrée |
900 – 1 200 |
Selon une revue scientifique publiée dans Seminars in Nephrology, l'osmolarité urinaire humaine peut varier entre 50 mOsm/L (très diluée) et environ 1200 mOsm/L (très concentrée).
Osmolarité urinaire basse : que signifie-t-elle ?
Une osmolarité inférieure à 100 mOsm/L en contexte normal indique que vous êtes bien hydraté. En revanche, si votre urine reste diluée (< 300 mOsm/L) malgré un déficit en eau, cela peut signaler un diabète insipide.
Une osmolarité urinaire basse peut également être observée en cas de consommation excessive d’eau, comme dans la polydipsie primaire (ou potomanie) ou lors d’une surhydratation aiguë (ingestion massive de liquide sur une courte période).
Osmolarité urinaire élevée : quelles causes possibles ?
Une valeur supérieure à 900 mOsm/L évoque généralement une déshydratation importante (diarrhées, vomissements, transpiration excessive…). Mais, elle peut aussi signaler un syndrome de sécrétion inappropriée d'ADH (SIADH), une insuffisance rénale précoce ou un apport excessif en sel.
Quand réaliser un test d'osmolarité urinaire ?
Votre médecin peut prescrire cet examen dans le cadre d’un bilan pré-diagnostic : suspicion de déshydratation sévère, en cas de polyurie (émission excessive d'urine supérieure à 3 litres par jour), diagnostic différentiel du diabète insipide, évaluation de l'hyponatrémie (taux de sodium sanguin bas) chez les sportifs…
Comment se déroule l'examen ?
Préparation avant l'analyse
Dans la plupart des cas, le jeûne n'est pas nécessaire, sauf indication contraire. Il vous sera probablement demandé d'éviter les apports excessifs d'eau et de boissons avant le prélèvement et d'arrêter temporairement la prise de diurétiques éventuels (médicaments qui augmentent la production d'urine) pour limiter le biais analytique.
Test sur échantillon d'urine

L'analyse se fait sur une urine collectée soit en échantillon unique (souvent le matin), soit sur 24 heures pour une mesure moyenne. Utilisez un récipient propre et stérile. Suivez les instructions concernant la conservation et le transport.
Test comparatif osmolarité sanguine et urinaire
Le calcul du rapport osmolalité urinaire/osmolalité plasmatique, en particulier dans le cadre d’un test de restriction hydrique permet d’affiner le diagnostic. Si, dans ce contexte, l’osmolarité urinaire reste basse malgré une osmolalité plasmatique élevée, cela évoque principalement un diabète insipide.
Comment interpréter les résultats ?
Pour une interprétation optimale, il ne suffit pas de regarder un chiffre isolé. Le résultat doit être comparé à d'autres paramètres tels que : la natrémie (taux de sodium sanguin) et la créatininémie (quantité de créatinine dans le sang) et l’ionogramme (analyse des sels minéraux du sang). L’interprétation doit également tenir compte de la situation clinique globale : votre niveau d'hydratation, vos symptômes et tout traitement en cours…
Témoignages & cas pratiques
Un rapport de cas décrit un homme de 26 ans admis en soins intensifs pour une hyponatrémie extrême (sodium < 90 mmol/L). Il présentait des symptômes gastro-intestinaux et une soif excessive. Les examens ont montré une osmolarité urinaire élevée (environ 697 mOsm/L) malgré l'hyponatrémie. Ce résultat a permis de considérer un SIADH comme une cause probable.
FAQ : questions fréquentes
Quelle est la différence entre osmolarité et densité urinaire ?
La densité reflète le poids et peut être influencée par la présence de protéines ou de glucose, tandis que l'osmolarité mesure précisément la concentration en particules dissoutes.
L'osmolarité urinaire est-elle liée à la déshydratation ?
Chez l'adulte sans pathologie rénale, une osmolarité élevée (> 500 mOsm/L) est généralement associée à une déshydratation, mais elle doit toujours être interprétée dans le contexte clinique.
Quel lien entre osmolarité urinaire et hyponatrémie ?
Une osmolarité urinaire élevée (> 100 mOsm/L) associée à une hyponatrémie évoque un SIADH ou un trouble rénal.
Peut-on mesurer soi-même son osmolarité urinaire ?
Non, cette mesure nécessite un osmomètre de laboratoire. La couleur des urines peut toutefois donner une indication approximative sur votre état d'hydratation.
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